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Jeudi 14 décembre 2006  

Quand des machines décrypteront le fond de nos pensées

LE MONDE | 25.11.06 | 14h09
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Un programme informatique sera-il, un jour, assez élaboré pour décortiquer un texte et en extraire les sentiments ou les opinions, affichés ou non, de l'auteur ? Tel est en tout cas l'objet des recherches d'une équipe de l'université de Pittsburgh, en Pennsylvanie.

"Nous cherchons à créer des algorithmes et des modèles qui puissent distinguer (dans un texte) les affirmations factuelles des propos subjectifs, identifier les opinions tenues, en évaluant mathématiquement, grâce à ces outils, l'intensité des propos", résume Janyce Wiebe, directrice de ce programme, qui a déjà publié de nombreux travaux sur l'analyse linguistique assistée par ordinateur.


Ces recherches sont financées par le ministère américain de la sécurité intérieure, qui prévoit de leur allouer un budget de 2,4 millions de dollars. Quatre centres affiliés à des universités (de Pennsylvanie, du New Jersey, de Californie du Sud, de l'Illinois) vont être créés à cet effet. "Ce travail vise à extraire de l'information qui pourrait aider les experts du ministère à analyser les sentiments et les convictions exprimés dans des déclarations publiques", a expliqué à l'AFP Christophe Kelly, un porte-parole du ministère.

A peine connu outre-Atlantique, ce projet de recherche a fait l'objet d'une polémique. Plusieurs associations de défense de la liberté de la presse se sont inquiétées de la possible utilisation de ces techniques à des fins de surveillance par le gouvernement américain. Il serait en effet possible, avec ce type d'outil, de classer les médias afin, par exemple, d'identifier les plus critiques à l'égard du gouvernement.

Les chercheurs se défendent d'un tel dessein et annoncent ne pas prévoir d'utilisations spécifiques, du moins pour l'instant, même si "une grande variété d'applications" sont possibles, répond laconiquement Mme Wiebe. A l'heure de l'apparition du Web 2.0, qui a entraîné une profusion d'expression libre sur le Net, la matière première, en tout cas, ne manque pas pour évaluer à grande échelle le fond de la pensée de ceux qui écrivent. Dans une publication datant de 2006 et intitulée Sens des mots et subjectivité, la chercheuse esquisse des pistes d'applications : évaluer la réaction et l'affectivité des gens face à un nouveau produit, comprendre les orientations d'opinions publiques étrangères sur un sujet de société...

Reste encore à mettre au point le procédé. Le laboratoire a pour l'instant étudié des documents provenant de 180 sources internationales différentes. Chaque texte est annoté manuellement par un linguiste, puis ces informations sont informatisées. "Nous voulons que le logiciel apprenne à comprendre", explique Mme Wiebe, qui ne s'attend pas à des résultats immédiats. Et pour cause. Le principal défi réside encore, selon elle, dans "la complexité du langage humain. Une simple phrase peut avoir plusieurs significations, en fonction du contexte. Nous voulons développer des techniques pour déceler la signification exacte de chaque phrase".

Pascale Santi
Article paru dans l'édition du 26.11.06. Abonnez-vous au journal : 15€/mois
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